Normandie, dernier dimanche du mois de septembre 2008,  

    Chers lecteurs,

Alors que le monde s'enfonce dans les abymes d'une économie purulante fondée sur des bases tout aussi altruistes que le principe : "Tu travailles, je m'enrichis" (merci aux doctrines aristotéliciennes de nos aristocratiques gouvernements), je cogite sur un banc de sable normand, un reste de plage mourrante sans touriste ni baigneur, sans animation ni soupçon ou grain de folie autre que le mouvement de ma plume sur un petit calepin à la couverture écarlate. Tout est parti avec l'été ; à l'automne les feuilles tombent et dévoilent les arbres nus.
Il ne reste pas grand monde. Pourtant, la mer est calme - s'il est toutefois possible d'appeler la Manche une mer - et les marées vont et viennent. Pourtant, ce n'est qu'une illusion.
Si un jour je deviens vieux, la fonte de la banquise aura probablement recouvert de son liquide glacial cette bande de silice bicolore, et alors nous verrons débarquer ici les naufragés du réchauffement climatique qui avaient été laissés pour compte de ce vaste conglomérat de pays industrialisés et arrogants qui avaient construit leur confort sur le dos de ces malheureux qui n'avaient rien demander d'autre que de vivre tranquillement. (En typographiant ce texte, je ne peux m'empécher de penser aux boats-people haïtiens que les gardes côtes étatsuniens arrêtent lorsqu'ils fuient le pays désastreux que leur tortionnaires ont créé, quand les requins n'ont pas raison d'eux au large de l'Etat de Floride ; vous y verrez peut-être vous aussi un parallèle.)
Ce serait alors bien différent du Jour J où les soldats américains - les autoproclamés grands libérateurs du monde toujours armés de M16 et de billets verts sans valeur - étaient venus sauver l'Europe de l'enfer conséquent à leur mode de vie corrompu. Car cet enfer n'était qu'une modélisation et une suite de conséquence d'une économie discréditée et pourrie par le tout-profit spéculatif qui s'était d'un coup effondré en un sombre jeudi noir ; et là déjà, la rue propre au mur de poutres et de terre de la Nouvelle-Amsterdam était l'épicentre de ce cataclysme mondial.
Aujourd'hui, les gros maigrissent. Et comme je continue de le dire trop solennellement avec chaque fois plus d'émotion : les maigres meurrent.
Est-ce pourtant une raison de se lamenter ?
Certains diront que non. Il y a toujours eu des pauvres et il y en aura toujours. Chacun peut alors se conformer à son idéal animal et faire preuve de peu ou proue de charité...
Certains diront que oui. Le mur des lamentations est transféré aux places boursières : "faites que je ne perde pas mon travail, ma famille, mes maigres économies, ma maison et mes amis, faites que je puisse manger demain et que je puisse croire en vous, oh dieux de l'économie" prie ainsi le frèle ouvrier, première victime de ce système.
Et après tout : qu'est-ce qu'un frèle ouvrier sinon un esclave des temps moderne dans l'antichambre de l'exclusion ?
Alors que dire des plus-qu'exclus ? Ceux qui sont perdus dans la brûme et cherchent un havre de paix mais ne savent pas comment s'y (p)rendre ?
La vie est faite de souffrance. Et c'est de la souffrance que naît le sentiment de fierté, celui tiré du travail - mais il y a "travail" et "travaille !" -, de l'accomplissement personnel et du bonheur jaillissant d'oeuvrer à une chose que l'on aime. Se redresser n'est pas facile ; il est question de prendre un risque, mais sans risque pas d'Amour. Ne cherchons-nous pas tous l'Amour ?

Sur cette plage quelque peu endormie, là où les mouettes sont mes seules fidèles compagnes, je vois la mer qui se rétracte, et qui comme moi veut la rejoindre doit se lever et aller de l'avant. Avancer sous ce ciel gris avec en point de mire le havre.

    Salutations,

                                                                                   TONY


PS : Attention tout de même, la baignade est dangereuse.
Alors, que faisons-nous ?
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